La peinture de Hamid Alaoui





La fluidité des nuages terreux baignant dans un ciel crépusculaire, guettant l’œil du soleil pensif. La silhouette profilée de l’artiste admirant le paysage vespéral, déclinant vers cet abime azuré.
Telles sont les mots que m’inspirait une des photos que l’artiste m’a confiées. A travers cette image, il donne une idée de, sa quête, son travail, son inspiration, bref, de son monde pictural.
L’image peut être prise comme une des clés de l’énigme de l’œuvre de Hamid Alaoui. Par son contenu, cette œuvre « dépasse la forme pour la forme et remonte jusqu’à l’origine de toute forme ». Elle présente une lecture plurielle au niveau de l’espace plastique et de sa symbolique. Cet espace qui est là pour animer une infinité de signes, de gestes, de tâches et de coulures.
L’artiste répartit ses formes et garnit son espace suivant des lois de symétrie tout en s’abstenant de toute monotonie prosaïque.
Les compositions architecturales vacillent vers un esprit d’ameublement. Ce sont certes, des traces de la formation en décoration d’intérieur et architecture. L’œuvre n’est pas immuable. Elle fuit le narcissisme et permet la communication par l’intégration profonde du moi, cachée sous la surface fragmentée. Les silhouettes/profiles, schématisées, épurées à l’extase, sont- elles signes de présence ? Présence d’un contemplatif ?
Une toile apostrophe sa voisine via des signes de continuité, de pérennité. Les formes gesticulent craintivement, se détachant délibérément, grimpant la matière blanche onctueuse, tantôt avec agressivité (tonalité forte de la couleur), tantôt en dégradé rendant l’espace blanc insonorisant.
Le bleu crée une profondeur bizarre comme une issue ouverte sur un gouffre abyssal ce qui accentue le caractère énigmatique de l’œuvre. Ce bleu profond déleste la lourdeur du marron terreux par le contraste glabre austère et de rugueux. La constance du marron pérenne cautionne le caractère séculier de l’œuvre. Les couleurs rudes, sépulcrales rendent la composition moyennant âpre et sourde.
La symphonie mélodique réduit sa résonance. La poésie perd de ses rimes. L’acte projeté par l’artiste, son enjeu, se voit loin d’être approprié et saisi. La dualité du formel/informel, du symétrique /asymétrique, du géométrique raisonné et du libre spontané adhèrent à cet échappatoire rusé. Les coulures du fluide teinté dépassent les limites du geste effectué par l’artiste et débordent les cadres cernés. Le dépassement des éclaboussures de couleurs fait partie des « accidents » qui jaillissent au cours du travail et qui expriment parfois des parties latentes de la personnalité de l’artiste, qu’un clivage et une dissociation ont coupé du reste du monde.
C’est le défi de l’acte pictural, la transcendance de l’affectif sur le raisonné. Les différentes formes sont là, présentes comme des marches pour escalader vers l’infini, vers l’absolu. Formes géométriques, circonscrites, cernées cadrant la composition et la structure. Celle-ci rend l’espace plein où le vide, le désordre et le chaos sont totalement abolis. Le caractère mystérieux détache l’œuvre de l’artiste. Le tableau acquiert une vie autonome, devient une personnalité, un sujet indépendant, animé d’un souffle spirituel, le sujet vivant d’une existence réelle ; un être. L’œuvre n’est plus « un phénomène fortuit qui apparait indifféremment ici et là. » (Kandinsky).
La peinture de Hamid Alaoui est un art qui n’est pas une création fortuite. C’est un monde qui communique avec l’âme humaine. Son langage se déchiffre à travers une logique propre à l’artiste. Celui qui la regarde et la médite, établit des liens de conversation à travers le langage de l’âme.
Le fond blanc est équivoque. Il tisse une trame magique du merveilleux, du mystérieux et une relation avec le cheminement logique que poursuivent les autres éléments de la composition. Le tableau est un étale pour les formes pluridimensionnelles qui gravissent vers une profondeur déshéritée de sa troisième dimension.
La couleur se partage la matérialité existentielle avec le tracé, le dessin. Ils sont essence et symbole à la fois. Ce partage immortalise l’eurythmie de l’œuvre. La surface reçoit, à cadence égalitariste le regard du spectateur. Ni forme ni couleur ne peuvent retenir notre regard. Celui-ci se perd entre les entraves de la composition.
Dans l’œuvre de Hamid Alaoui, il y a un contre point non seulement esthétique mais aussi ontologique entre des signes identifiables (flèche, graphe, clé, chaine…) et d’autres formes graphiques ; le contraste entre deux modes d’existence, d’une spiritualité aboutissant à un point fort appartenant à un « ordre caché de l’art », signifiant de ce monde intériorisé et de l’héritage tout particulier de la mémoire du créateur. Les équations mathématiques ne sont que des post-scriptum inénarrables pour préciser la rationalité de l’œuvre et restreindre son lyrisme.
Nous sommes en présence d’une peinture créant des effets optiques importants, riches en vibrations, où l’œil est guidé sur des plans de valeurs et de couleurs. Une peinture mélodieuse où l’élément lyrique est omniprésent.
Je me demande si le tableau n’est-il pas une partition musicale non eurythmique ? N’est-il pas un document vieillot et antédiluvien ?
Mohamed Khassif
Décembre 2016







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