Mohamed JAAMATI
L’attitude de Mohamed JAAMATI devant ses modèles est
claire : réaliste à la base, parce que fondée sur l’observation mémorisée,
suggestive, cherchant à transmettre au spectateur la sensation individuelle qu’il
éprouve vis-à-vis de la nature. C’est dans l’abri de la grande lumière
dévorante, dans le jour apaisé de l’atelier de Tétouan, que JAAMATI cherche
l’essence de sa création.
La tension de l’œuvre nait du conflit qui surgit entre la
volonté de capter la forme sans rompre avec son identité originelle et celle de
l’intégrer dans l’unité ambiante. Le peintre attache donc une importance à la
lumière qui d’habitude « dévore la forme et ronge la couleur ».
JAAMATI s’applique à analyser sa sensation visuelle et la
pousser au plus extrême degré d’intensité colorée de manière à ce que la
couleur et la forme constituent un tout homogène. À vrai dire, c’est une quête
laborieuse. Elle ne doit pas sans doute fouler les moyens d’application du
système coloré. Elle est une destruction et non une construction ce qui mène
vers un principe dépassant l’attitude réaliste.
Apparemment, la ligne n’est d’aucun secours dans cette
manœuvre. Son rôle est de séparer et délimiter artificiellement les différentes
parties du tableau. La ligne n’existe pas dans la nature où tout est coloré.
Elle n’est qu’une convention.
La structure du tableau n’assure aucune vocation
architecturale. La perspective est abolie par les masses colorées dans
lesquelles le regard se perd. L’espace accordé au ciel est paradoxalement parfois
extrêmement important et la lumière y devient solide. Les bords des objets ne
fuient plus vers un centre placé à l’horizon.
Dans le travail de JAAMATI la rupture avec les rapports
traditionnels se fait sentir. Il vise une recherche de la simplification, de la
synthèse et de la subtilité par son expression personnelle devant la nature.
Ses tableaux sont des mélanges du plein air d’atelier au plein air réel
aboutissant au plein soleil.
Une construction, un motif, une architecture suggérée,
inachevée, imprécise qui baigne dans un halo dense réfléchissant et brumeux.
La matière d’un mur, d’une porte, émerge et se dégage du
conflit crée par les pates colorées, les contrastes qualité/quantité, de la
touche de la spatule ou de l’empreinte laissée par le pinceau ou la brosse.
La peinture de JAAMATI comme sa poésie (inédite), à vers
libre n’est soumise à aucune règle et respecte toute les règles. C’est une expression
loin de l’anarchie, fruit d’un savoir-faire inéluctable. « Il va de la
poésie comme il va de la peinture » a écrit Horace. Je me demande qui
inspire l’autre chez le peintre, la poésie ou la peinture. Je n’ai pas osé lui
demandé. J’aimerai rester en ignorance pour garder le goût de satisfaction qui
passe par l’œil, l’oreille et l’odorat, bref, via tous les sens. Oppressent, on
voit et on entend les vers se poser sur la pâte.
« Cette connivence est toujours présente ».
Mohamed KHASSIF- artiste plasticien
Marrakech Juin 2012







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