Mon approche picturale





 
Technique mixte sur toile, 70cm X 60cm

Technique mixte sur toile, 100cm x 100cm

Technique mixte sur toile, 100cm x 100cm

Technique mixte sur toile, 120cm x 100cm

Technique mixte sur toile, 200cm x 120cm




Mon approche picturale se joue poétiquement sur le duel permanent entre l'ordre et le chaos. Après un arrêt sédentaire de plusieurs années, me voici reprendre dans mes compositions purement abstraites, ma bien acclimatée superposition de couches pléthoriques, traversées parfois, par un ensemble de formes gestuelles, jaillissant des acryliques, des huiles, des matières, des brous de noix et d’autres médiums.

Chromatiquement, j’ai longtemps joui de l'alchimie entre le noir dominant, les gris et le rouge. Mes peintures semblent se nourrir de leur coloration –saturation.
A ce niveau, la nature joue un rôle essentiel dans mon travail. Elle agit même comme un collaborateur dans le processus créatif. J’utilise des tons pseudo naturels, surtout dans la partie de mon travail qui amène le spectateur à voir des éléments naturels suggérés tels les montagnes, le brouillard, l’architecture, et le ciel.
Les toiles sont tendues sur des châssis, préparée à l’apprêt collant, dégageant l'illusion d'une surface dure.
 Je fais construire la surface de mes toiles après plusieurs actes de déstructuration.

J’utilise des outils confectionnés sur mesure, comme des spatules, des raclettes « koutchia » ou de récupération pour établir et pousser des couches de peinture à bord des toiles. Des toiles qui parfois sont d'abord couvertes de matières-empreintes, émanant de frottages et de grattages, engendrant des formes inopinées.

Généralement, je jette les pièces, achevées ou à l’état embryonnaire, de côté pour sécher, permettant aux intempéries et à d'autres facteurs atmosphériques de jouer une main dans l'élaboration du produit final. 

Je n’esquisse mon travail que rarement. Le projet artistique est toujours confié à mes instincts qui me dictent quoi faire et par où aller, c'est-à-dire le cheminement à suivre pour réussir dans ma quête. Je ne m'attarde pas sur les longues explications, sur ce que signifie le travail. « C’est comme une danse d'improvisation."  Mes méthodes de travail sont « Comme une série d'étapes séquentielles où chaque couche me conduit à la suivante ».

Mon installation à Marrakech, ma ville natale, a eu des effets hypothéqués sur mon travail : production prolifique, panoramas plus ouverts sur de grands formats …

Je mélange de la cire avec de l'huile et d’autres pigments, que j’applique avec divers outils tels un couteau une brosse ou une spatule. Plusieurs couches sont révélées par raclage, grattage et ponçage. Des couleurs et des surfaces incandescentes forment des analogies avec des phénomènes ressemblant à des couches géologiques.

En cette ère post moderniste, ma question est encore plus pressante.  S'éloignant de la nature représentée dans une image à la nature perçue comme le point de départ pour l'exploration des sentiments intérieurs et les fantasmes du moi.

Dans des paysages traditionnels, ordonnés et bien organisés l’artiste réussi à distinguer clairement au premier plan et à distance les éléments composant son œuvre. En revanche, moi je place le spectateur dans mes scènes. Des formes, des lignes et des couleurs serpentent, se superposent, se juxtaposent et se côtoient. Grattées et repeintes en apparence pour abolir toutes les distances entre l’observateur et le paysage implicite, qui ne peut donc être perçu que comme une abstraction dérivée de la nature.

Le seul élément absent dans mon répertoire de formes profusément représentée est la figure humaine.
Pourtant, alors que le corps n'est pas directement montré dans mon travail actuel, il est présent partout dans le maniement de mon médium. La peinture en couches et ponçage lisse ; gratter, repeindre, dessiner, composer... Cette liste définit ma présence corporelle dans mon acte pictural. Dans la peinture de paysage, le paysage est certainement le sujet primordial, mais aussi le sujet est le travail du matériau comme une extension du corps propre de l'artiste. Si dans la peinture occidentale cet indice de la présence corporelle est refoulé et déshumanisé par l’identification et la référence historique de l’œuvre. Pour moi, le corps est partout présent dans mon art. Ce n’est pas une forme altérée, explicitement représentée, mais il est là comme un agent manifeste pour manipuler ma peinture.

 Les couleurs sont le résultat d'une stratification similaire à celle du corps, de sorte que dans une seule instance d'un bleu tendre s'attarde comme une ombre derrière une peau finale du jaune-blanc. Dans un autre, le violet et le jaune sont mélangés et veinées de motifs qui suggèrent à la fois des tissus et des photographies agrandies télescopées de l'espace. L'effet dans chaque cas est d'un complexe, l'interaction déplacement de la lumière et l'obscurité se déroule juste au-delà de vue. L'animation qui en résulte est, en définitive, romantique.

                                                             Mohamed Khassif
                                                             Marrakech - Octobre 2013



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